La chronique de Synochrate – Épisode 1 : Les MeJeu

Du bon MJ et du mauvais MJ

Commençons par une question simple. Quelle est la différence entre un bon mj et un mauvais MJ ? Le mauvais MJ, il prend les dés et il fait son jet de dés. Le bon MJ, il prend les dés, il jette les dés mais c’est un bon MJ…

A l’heure où notre programme TV regorge d’émissions live, où de simples citoyens sont mis à l’épreuve les uns par rapport aux autres et autour de thèmes artistiques tels que la danse, le chant, la cuisine ou encore la survie sur une île déserte, gageons qu’un jour un présentateur bien inspiré proposera de confronter des MJ de tous horizons et de consacrer le meilleur d’entre eux après un jeu télévisé Prime-time où le public, s’appuyant sur les jugements d’experts concernés,  votera en fin d’émission pour sauver son chouchou… Oui une telle émission pourrait peut-être répondre à cette question. D’autant que les participants des diverses émissions actuellement proposées ne sont ils pas dans une certaine mesure d’excellents joueurs de jeux de rôle ?

Imaginez alors les commentaires du jury, composé d’auteurs d’heroic fantasy, de compositeur de jeux de rôle et d’organisateurs de GN : « C’est intéressant ce rôleplay, le côté croquant de son vocabulaire associé au côté gourmand de son jet de dés »… ou encore, « oui, c’est bien exécuté, et y a plus de créativité dans ce personnage que dans l’autre ».

Malheureusement pour moi, cette émission que l’on aurait pu pareillement baptiser « Master MJ », la « MJ Academy » ou encore « le MJ est dans le pré » n’existe pas. Et je me vois pour répondre à cette question, contraint de composer une prose complémentaire…

Revenons, donc, sur un terrain plus conceptuel, car pour répondre à cette question il convient en amont de définir le concept de « jeux de rôle » auquel est apparentée la fonction de MJ.

Du théâtre improvisé, l’imaginaire pour scène et un metteur en scène au service des joueurs.

J’aime à définir le jeu de rôle comme une pièce de théâtre dont le déroulement et la fin de l’histoire – acte d’exposition souvent mis à part – sont indéterminés, car écrits au fur à et mesure des décisions et des actions entreprises par ses acteurs. J’aime particulièrement cette notion de théâtre, car les joueurs incarnent et interprètent théâtralement leur personnage, à ceci près que la scène où est représentée la pièce n’existe que dans l’imagination de ses participants. Et si les joueurs sont au jeu de rôle ce que les acteurs sont à la pièce de théâtre, alors le MJ en serait vraisemblablement le metteur en scène…

Voici donc un bon point de départ pour cette réflexion : Un bon Mj est en quelque sorte le césar du meilleur metteur en scène. En ce qui me concerne en tout cas, c’est bien dans cette fonction que je m’efforce continuellement d’officier lorsque j’exerce la fonction hautement privilégiée de MJ.

Dans maître du jeu, il y a ces deux notions réunies de « maître » et de « jeu ». En ce qui me concerne, le mot « jeu » prédomine largement sur la fonction de maître, en ce sens que le MJ est effectivement le maître de son univers imaginaire, mais surtout et avant tout en est il le maître au service du jeu… et de ses joueurs. Il se doit d’ailleurs d’honorer la confiance que lui témoignent ses joueurs en leur permettant d’évoluer dans son univers et de le gouverner de façon intelligente, séduisante, que dis je, brillante, pour leur donner envie de s’y plonger.

Trop de MJ font à mon sens l’erreur d’accorder une importance prédominante au terme de « maître », avec ce que cela véhicule comme clichés réducteurs et caricaturaux du MJ qui impose, domine par orgueil, et surtout contrôle le déroulement de l’histoire fidèlement à son scénario (certes son bébé, la chair de son sang) et à ce qu’il avait prévu, au détriment de la capacité fondamentale qu’ont les joueurs de décider et d’intervenir de façon pro active sur la tournure de l’histoire.

Vous savez, ces scènes indigestes que l’on a tous vécu en tant que joueurs durant lesquelles on a l’impression insupportable que les évènements se passent de façon préméditée et intentionnelle de la part du MJ sans que l’on puisse y faire quoi que ce soit… Ces PNJ détestables aux allures de Big Boss de fin de niveau dans un « Beat Them All » de mauvais goût que le vilain MJ vous colle dans les pâtes pour mieux vous brimer et vous faire comprendre qu’il maîtrise votre destin. En ce qui me concerne, la noble fonction de MJ est incompatible toute idée d’antagonisme et d’opposition avec les joueurs. Ôtons nous tout de suite de la tête cette idée que l’on peut gagner une partie de jeu de rôle contre ses joueurs et réciproquement comme une partie de Monopoly (avec tout le respect que j’éprouve envers ce jeu mercantile).

Messieurs les MJ, Les joueurs sont acteurs de votre l’histoire, et non de simples spectateurs. Dans ma vision des choses, maîtriser ne signifie certainement pas contrôler les agissements des joueurs. Un bon maître du jeu doit savoir s’adapter, laisser certains évènements lui échapper, pour mieux favoriser la décision des joueurs et l’interactivité de l’histoire qui en résulte. Je reconnais que c’est terriblement difficile et contre nature. Une campagne, un scénario, nécessitent des heures de travail et de réflexion et tout peut partir à la poubelle parce que les joueurs filent dans une direction inattendue et dévalorisante pour votre script. Vous pensiez qu’ils allaient dépenser une énergie folle à résoudre une énigme dont vous étiez particulièrement fière ? Et quelle déception de les voir patauger dans la boue alors que la solution vous paraissait si limpide et de torpiller l’aboutissement espéré par une entreprise calamiteuse… Certes, mais le bon MJ maîtrise son univers et son scénario pour qu’il prenne la tournure que les joueurs se sont efforcés de lui donner.

Ma plus belle récompense n’est pas d’arriver à la fin de ma campagne conformément à ce à quoi je m’attendais, mais de voir mes joueurs s’épanouir pleinement dans l’interprétation de leur personnage et dans l’univers que je leur ai proposé.

Votre dévoué

Synochrate

Prochainement dans la chronique de Synochrate : « Épisode 2 – Offre d’emploi pour un MJ »